Le Cameroun vit une situation paradoxale qui donnerait des céphalées violentes à quiconque voudrait interroger sa rationalité. Avec une population estimée à près de 30 millions d’habitants, un gouvernement composé de 63 membres et assimilés censé incarner efficacité et développement d’un pays en quête de repères, dont la corruption a fragilisé la structuration et le fonctionnement au regard des différents rapports annuels produits par la CONAC et la Chambre des Comptes. Ce gouvernement jugé pléthorique comparativement aux pays dont les tailles et nombre d’habitants sont largement au dessus de celles du Cameroun, est devenu un symbole d’inefficacité et de gaspillage budgétaire. Alors que le Chef de l’État a promis un gouvernement depuis sa prestation de serment du 06 Novembre 2025, et des discours prononcés depuis lors, l’attente se prolonge et les citoyens s’interrogent. Faut-il reconduire un tel mastodonte administratif ou réduire drastiquement sa taille pour répondre efficacement aux défis contemporains ?
Depuis des lustres on a observé une propension à cristalliser les ressources de l’État au financement des avantages de toutes natures des personnes bénéficiant d’un décret présidentiel sans aucune obligation de résultats. Ils peuvent sans aucun contrôle rigoureux être dotés de véhicules administratifs de luxe très coûteux, bénéficiaires des ressources pétrolières massives à travers des bons de carburants et pleins d’autres avantages dont on pourrait bien se passer. Tout ceci puisé dans un budget chèrement collecté auprès d’un contribuable qui subit sans cesse des pressions fiscales et des tracasseries administratives de toutes natures.
Une économie en panne malgré un potentiel immense sous le regard des ministères dépourvus de solutions efficaces et d’innovations
Le Cameroun dispose d’un potentiel humain et naturel considérable. Une richesse et une position géographique dont très peu de pays peuvent s’en prévaloir, mais la pauvreté se généralise. Le chômage et les emplois précaires dominent, tandis que le SMIG reste dérisoire et insultant face au coût de la vie. Le tissu productif est quasi inexistant et le pays dépend massivement des importations. Les richesses naturelles comme le bois, l’or et autres sont pillées quotidiennement sans aucune retombée concrète pour les populations autochtones concernées, sous le regard complice du Ministère de l’environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable, du Ministère des Mines et du Développement Technologique et de toutes les autres administrations associées ou assimilées. Ces fonctionnaires en charge de ces administrations pour la plupart incompétents au regard de la situation économique et sociale dans laquelle se trouve le pays, bénéficient des largesses financières et matérielles exorbitantes qui plongent le quotidien de la majorité dans un enfer indescriptible. Cette contradiction illustre l’échec d’une gouvernance incapable de transformer ce potentiel existant et les atouts qui sont les siens en prospérité. Les conséquences sont graves, l’exode international des intelligences et des compétences est massif et l’avenir du Cameroun est ainsi compromis par une clique de privilégiés égoïstes. Ce qui met le peuple et sa jeunesse dynamique et compétente, sous une tension silencieuse permanente.
Des tensions qui entrainent des dérives sociales et culturelles indescriptibles encadrées par une inaction permanente des administrations et structures concernées
L’économie informelle se cristallise autour des bars et snacks qui pullulent dans les rues ainsi que la distribution et la commercialisation des whisky en sachets d’origine douteuse. Ce qui favorise la prolifération des gites de prostitution et le développement du petit et du grand banditisme entraînant des violences de toutes sortes suivies de crimes permanents sous le regard des structures sécuritaires et judiciaires corrompus jusque dans les entrailles. Les rapports de la Commission Anti Corruption (CONAC) de plusieurs années l’illustrent à suffisance. Les retombées financières générées de ces activités illicites alimentent des réseaux obscures qui pourraient bien être démantelés si les administrations concernées faisaient leur travail convenablement tel que prescrit par les différentes réglementations en vigueur. Ces ressources financières importantes encadrées par une corruption rampante paraissent plus importantes que la santé des citoyens et l’avenir d’une jeunesse délaissée à toutes ces dérives. Des marchés inondés des produits de mauvaise qualité n’éveille aucunement l’attention des responsables pour la plupart en poste depuis plusieurs décennies. Ils sont assis dans leurs bureaux climatisés. Le Ministre de la Santé publique fait souvent quelques descentes inopinées qui ne changent réellement pas la situation sanitaire déplorable dans laquelle plonge au quotidien la majorité des camerounais. Les conditions de logement et de déplacement des citoyens sont catastrophiques et coûteuses pour ceux qui sortent la tête de l’eau. Le parc automobile vieillissant sature les rues avec le quitus des services de transport qui délivrent de curieux documents incompatibles à l’état des véhicules mis en circulation. La corruption est reine, le pays s’enfonce. Au regard des constats faits sur le terrain, on peut se poser la question de savoir » à quoi servent les différents départements ministériels concernés ?
D’une gouvernance figée et dépassée par les réels enjeux vers des réformes urgentes et radicales ?
Les dirigeants semblent incapables de prendre des décisions radicales avec à la tête un chef qui n’a presque jamais eu l’habitude de descendre personnellement sur le terrain pour contrôler et suivre les actions des hommes à qui il confie la destinée de toute une nation. Il a longuement fait confiance à une bureaucratie inopérante détachée de la vraie réalité et de la souffrance silencieuse d’un peuple résilient et patient. L’échec de cette gouvernance est visible et incontestable. Il est urgent de réduire le gouvernement à une vingtaine de ministères stratégiques et couper les ponts avec des récompenses politiques essentiellement budgétivores. Une telle rationalisation permettrait de réaliser des économies substantielles, réorientées vers les infrastructures de proximité qui amélioreront la vie quotidienne des populations sérieusement appauvries. Le Cameroun doit se doter d’un nouveau contrat social fondé sur l’efficacité, la transparence et l’intérêt national.
Malgré son potentiel immense en terme de richesses naturelles et une diversité humaine presque unique au monde, le Cameroun est resté prisonnier d’un gouvernement massif, incompétent et budgétivore. Toutes les initiatives de développement engagées depuis 2008 après les émeutes de la faim et 2011 après le Comice Agropastoral d’Ebolowa, se sont soldées par des échecs. Aussi longtemps qu’une rupture ne sera opérée par le Chef de l’État avec la réduction systématique du Gouvernement à sa taille normale, ce qui réduira drastiquement le budget de fonctionnement pour une réorientation de ces dépenses incongrues vers des projets de proximité basiques, la structure gouvernante restera inefficace, la pauvreté se généralisera et l’émergence projetée à l’horizon 2035 restera un slogan politique creux. Des promesses répétitives, la jeunesse dynamique compétente basée au pays et dans la diaspora attend des actions concrètes pour participer à la construction de l’un pays à la belle et stratégique position géographique au monde.
Éric Moïse NKOUANDOU M.